Quatuor pour la fin du temps – Le dimanche 23 février – 14 heures

L'oeuvre

Quatuor pour la fin du temps (1941) d’Olivier Messiaen, pour clarinette, piano, violon et violoncelle.

Peu après le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, Messiaen est appelé au service militaire, à 31 ans, pour être capturé et fait prisonnier de guerre dès mai 1940 à Görlitz en Silésie. Ayant terminé ses études au Conservatoire de Paris environ neuf ans auparavant, Messiaen avait déjà composé 40 pièces, allant de la musique solo à l’excellente et prestigieuse pièce orchestrale L’Ascension, en passant par la musique de chambre. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait cherché à composer pendant sa captivité; cependant, le Quatuor pour la fin du temps, pièce qu’il a composée au cours de cette période, traduit son esprit et sa détermination remarquables face aux plus hostiles conditions. Parmi ses compagnons d’infortune, il fait la connaissance d’un clarinettiste, d’un violoncelliste et d’un violoniste. Se joignant au groupe comme pianiste, il se met à composer la pièce la plus ambitieuse qu’il a écrite jusqu’alors: une séquence de huit mouvements pour ce quatuor non traditionnel représentant les événements du Livre des révélations où l’Ange de l’Apocalypse «lève les mains au ciel en disant: Il n’y aura plus de temps».

Tout en reflétant la foi chrétienne de Messiaen, la pièce révèle les intérêts compositionnels qui allaient demeurer un point central pendant toute sa vie, notamment les structures isorythmiques, les modes anciens, la musique indienne et le chant des oiseaux. Toujours attentif au timbre, Messiaen n’a composé que quatre mouvements pour les quatre intruments sur les huit que compte la pièce. Les quatre autres se déploient selon différents agencements, notamment l’unique mouvement solo: «Abîme des oiseaux», pour clarinette seule.
C’est en 1941 que la pièce est interprétée pour la première avec Messiaen au piano. Les touches de l’instrument cabossé ne résonnent pas toujours et le violoncelliste joue sur un instrument qui n’a que trois cordes. Ce sont toutefois 5 000 prisonniers de guerre polonais, français et belges qui écoutent la pièce avec la plus grande attention, pendant une nuit glaciale de janvier. Beaucoup plus tard, le compositeur devait déclarer «On n’a jamais écouté ma musique avec autant de discernement et de compréhension».

Les interpretes

Clarinette : Richard Hornsby; Violon : Nadia Francavilla; Violoncelle : Paul Pulford; Piano: Carl Philippe Gionet.

Photo : Roger Smith

Le compositeur

OLIVIER MESSIAEN (1908-1992)

Fils de Pierre Messiaen, le traducteur de Shakespeare, et de la poétesse Cécile Sauvage, Olivier est né à Avignon en décembre 1908. En 1914, son père est mobilisé et lui, sa mère er son frère déménage à Grenoble où il passe une grande partie de son enfance. C’est à cette époque qu’il acquiert la foi catholique qui ne le quittera plus. Lorsque son père revient de la guerre, toute la famille déménage à Paris. Très tôt, soit de 1919 à 1930, il étudiera l’orgue et la composition au Conservatoire de Paris. Les études de Messiaen au Conservatoire trouvent leur couronnement avec son obtention, en 1930, du premier prix en composition.

En 1931, il est nommé titulaire de l’orgue de l’église de la Trinité, poste qu’il occupera pendant presque cinquante ans. En 1940, il est fait prisonnier. À son retour de captivité, il est nommé d’harmonie au Conservatoire de Paris puis, en1947, professeur d’esthétique, d’analyse musicale et rythmique, classe qui deviendra ensuite, en 1966, de composition. Messiaen n’hésite pas à dépasser les programmes officiels et fit de son enseignement une expérience fondamentale pour toute la génération des compositeurs d’après-guerre. Pionnier, novateur, imaginatif, méprisé et idolâtré, Messiaen est l’homme d’un siècle ; il a formé les plus grands, Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen, Pierre Henry, Iannis Xenakis et a pratiquement tout fait. Ses trois source d’inspiration sont sa foi catholique, les chants des oiseaux et enfin, les rythmes et les modes des musiques traditionnelles, de Bali, du Japon et de l’Amérique andine. Au terme de huit ans de travail, il a livré la «somme » de son œuvre avec Saint-François d’Assise, créé à l’Opéra de Paris en novembre 1983. Il n’en continue pas moins de composer, ainsi le Livre du Saint-Sacrement, pour orgue en 1986. Il est décédé le 27 avril 1992.

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