Jeremy Dutcher – 19 Novembre, 19h30

Jeremy Dutcher

Mardi 19 novembre 19h30 – Église st-Joachim, Bertrand

Interprète, compositeur et musicologue, Jeremy Dutcher nous présente un répertoire riche issu de la nation des Wolastoqiyik (Malécites).

Ténor de formation, il puise son inspiration dans les influences classiques tout en respectant les chansons traditionnelles de son peuple. Durant son concert, il insère des fragments sonores issus des archives à titre de témoins historiques. La formation musicale comprend Jeremy Dutcher au chant et au piano, Blanche Israel au violoncelle et Gregory Harrison à la batterie. Dans sa langue et en anglais, Jeremy Dutcher chante le respect de la terre, la disparition tragique des femmes autochtones, la responsabilité collective, les traditions actualisées de son peuple, le pouvoir de l’amour, et aussi des émotions plus intimes. LA GENÈSE DU PROJET Il y a déjà cinq ans, Jeremy Dutcher a entrepris d’actualiser et de prolonger musicalement des enregistrements effectués dans sa communauté par l’anthropologue William Mechling, entre 1907 et 1914. Constituée d’environ 5000 personnes, la nation Wolastoq est répartie en sept communautés partagées entre le Québec, le Nouveau-Brunswick et le Maine. « J’ai moi-même grandi à Fredericton, mais ma famille passait l’été à la réserve Tobique First Nation, d’où provient ma mère, soit dans la partie nord-ouest du Nouveau-Brunswick », relate le créateur de 28 ans. Jeremy Dutcher a réussi un tour de force en créant Wolastoqiyk Lintuwakonawa, un des meilleurs albums canadiens réalisés en 2018, gagnant d’un Juno et du prestigieux Prix Polaris. Cet album, entrepris il y a cinq ans alors qu’il était toujours aux études en chant classique à Halifax, a été un long processus de recherche et d’étude des archives sonores, composition, instrumentation, arrangements, réalisation et enregistrement. Il disposait ainsi de plusieurs chants traditionnels avec lesquels il devait composer, dans tous les sens du terme. «J’aurais pu enregistrer les versions originelles, mais j’avais le sentiment d’avoir quelque chose à dire sur cette nation. Et donc, je voyais mal m’en tenir strictement au legs du passé. Il y a tant à dire sur cette vie wolastoq aujourd’hui! L’eau, la forêt, la langue menacée, la culture perdue… J’ai lu les notes de l’anthropologue qui a enregistré ces chants il y a un siècle. Il expliquait que ces chants comportaient une part connue de tous, mais restaient ouverts à la contribution de chaque interprète. Or, c’est exactement ce dont j’avais envie! Ainsi, la partie laissée à l’interprète des mélodies ancestrales serait déclinée au présent. Je partais des mélodies brutes, autour desquelles je construisais des harmonies au piano, sans toute fois suivre les règles normales de la construction d’une chanson. Pour moi, en tant que compositeurs, il me fallait suivre le sentier originel. Je trouvais des harmonies à partir de ces mélodies, j’aurais pu aller plus loin dans la complexité formelle, mais j’ai préféré garder les choses relativement simples afin que ces musiques puissent résonner au sein de ma communauté, en ajoutant un habillage connu et accessible – cordes, percussions, électronique, etc. Je ne dis pas que la suite sera similaire, mais il fallait d’abord passer par là». Bien au-delà de cette œuvre ayant récolté les éloges de la critique d’un océan à l’autre, Jeremy Dutcher voit dans Wolastoqiyk Lintuwakonawa une intervention d’urgence. « Dans ma communauté, pose-t-il, ces chansons choisies avaient été oubliées, perdues. Aujourd’hui, notre langue est en danger, et l’on risque de perdre beaucoup plus qu’une langue : disparaitre aussi une façon singulière de percevoir le réel. Je suis chanceux que ma mère la parle, et que ma tante l’enseigne, ce qui m’a permis de la parler également. C’est pourquoi, j’imagine, je ressens une responsabilité de transmettre cette culture aux autres membres de ma communauté. J’en ai fait une priorité pour cette album, rendu public à une période critique de l’histoire de ma nation». Note : Ce texte a été constitué à partie des écrits du journaliste Alain Brunet dans La Presse.
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